Bataille du rail: la Deutsche Bahn écrase la SNCF


En attendant l’Europe des biens publics, hérésie économique et danger politique, nous avons l’Europe de la concurrence, celle que nous appelons de nos voeux. Or depuis quelques années cette concurrence s’est glissée dans les «services publics», n’en déplaise à l’OFCE. C’est le cas du transport ferroviaire, malgré l’opposition de certains députés européens: la concurrence y est déjà totale pour le fret et en 2010 pour les voyageurs sur les lignes internationales.

Dans cette nouvelle bataille du rail, c’est que la Deutsche Bahn se prépare activement (elle «veut accélérer son développement international» souligne Les Echos), tandis que la SNCF reste à quai. Faut-il s’en étonner? Il y a à cela une raison très simple: l’Allemagne a ouvert depuis longtemps son réseau intérieur à la concurrence et la Deutsche Bahn a perdu, avec son monopole, ses mauvaises habitudes et ses privilèges de monopole.

La DB doit faire face à 346 compagnies ferroviaires locales, (plus que dans tout le reste de l’Europe), qui détiennent 15% du marché: cela entraine une pression, sur l’entreprise allemande, qui doit sans cesse s’adapter, faire des gains de productivité, se montrer performante. Elle peut alors à son tour se lancer dans la concurrence internationale.

Résultat: le transport par fret de cette entreprise a augmenté de 11% (alors qu’il recule en France pour la SNCF) et celui du trafic voyageurs à l’international de 25% vers la Suisse, de 20% vers l’Autriche. Elle ne cesse d’investir pour s’adapter (6,4 milliards d’euros en 2006). D’ailleurs, Jacques Chirac sera bien obligé, le 6 mars, d’inaugurer la nouvelle ligne à grande vitesse Est européenne, qui permettra au train à grande vitesse allemand de circuler sur le réseau français.

Cela fait douze ans que le développement du chiffre d’affaires de l’entreprise allemande est continu, et atteint un montant de 30 milliards d’euros. Le bénéfice opérationnel est de 2 milliards. Elle est devenue leader européen.

La stratégie de développement de cette entreprise allemande consiste en particulier à développer à partir du marché domestique des transports internationaux dans un espace de 50 à 100 km autour de l’Allemagne. Le reste, à plus longue distance, suit ensuite naturellement et elle ne cesse de participer aux appels d’offre qui se lancent un peu partout. Elle se développe aussi en pratiquant des coopérations, avec d’autres entreprises, mais, pour la France, le secteur fret de la SNCF est tellement sinistré (mauvaise qualité du service) que la DB recherche plutôt  une solution alternative…

Sur le plan social, la SNCF, toujours en monopole, ne cesse de s’affaiblir et reste sous la domination syndicale et la menace des grèves. La SNCF traîne toujours son statut d’entreprise totalement nationalisée, et aucun candidat aux présidentielles n’envisage sa privatisation. Les cheminots ne veulent pas risquer de quitter le secteur public et ses avantages en matière d’emplois, de salaires, de conditions de travail et de retraites.

Pendant ce temps le gouvernement allemand (social-démocrate et chrétien-démocrate, donc droite et gauche confondues) va dès l’an prochain introduire Deutsche Bahn en Bourse. Une loi de privatisation, au moins partielle, sera présentée cette année par le gouvernement au parlement. Dès 2008, 49,5% de la valeur de l’entreprise seront mis en bourse. Et les syndicats sont associés à l’opération. Inimaginable en France, même avec un gouvernement dit de droite.

Sous l’effet de la concurrence, la DB s’est modernisée et a multiplié ses services à la clientèle. ainsi qu’on peut prendre sa place à partir de son portable, sans émettre de ticket, et on peut prendre un billet tant que les portes du train restent ouvertes. Les avantages obtenus grâce à la modernisation ne sont pas offerts au personnel comme en France avec les «avantages acquis», mais aux clients. Car une entreprise marchande en concurrence sait ce qu’est un client.

Le futur match Deutsche Bahn-SNCF est bien engagé pour les Allemands. Ils ont marqué les premiers buts.

Article extrait du site Libres.org.

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