Jacques Chirac, de la Corrèze à l’Élysée ou l’itinéraire d’un enfant gâté de la politique


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Élu Président de la République française le 7 mai 1995 après deux tentatives infructueuses, Jacques Chirac a été pendant trente ans élu de Corrèze, un ancrage rural qu’il a combiné 18 ans durant avec ses fonctions de maire de Paris.

Né le 29 novembre 1932 dans le cinquième arrondissement de Paris, ses vraies racines sont en réalité en Corrèze. Ses deux grands-pères sont maîtres d’école: l’un, Louis Chirac, franc-maçon et anticlérical, marque l’enfance de Jacques Chirac de références républicaines et humanistes. Le père, Francois Chirac, est d’abord employé de banque avant de devenir cadre chez un de ses prestigieux clients, Henry Potez, pionnier avec Marcel Dassault, de l’aéronautique française. Il connaît une enfance aisée mais simple de fils unique (une soeur aînée meurt à 18 mois) et est adulé par sa mère. Jacques Chirac passe la deuxième Guerre mondiale, replié sur la Côte d’Azur. L’adolescence est parisienne, mais étrangère aux us et coutumes de la grande bourgeoisie. Jacques Chirac cultivera d’ailleurs constamment son côté provincial et simple contre la morgue de la haute société parisienne.

Élevé sans histoire, Jacques Chirac ne prend goût à l’étude qu’au moment de passer ses deux baccalauréats aux lycées Carnot et Louis-le-Grand avec mention “assez bien”. Soudain pris d’envie de prendre le large, le voilà pilotin sur un cargo, mais la grande évasion se termine à l’Institut d’Études Politiques de Paris qu’il intègre en octobre 1951. C’est rue Saint-Guillaume qu’il rencontre Bernadette Chodron de Courcel, qu’il épouse le 16 mars 1956. Avant d’intégrer l’École Nationale d’Administration (ENA), il sort major de l’École d’application de l’arme blindée cavalerie de Saumur et s’engage comme volontaire en Algérie. Le 3 juin 1957, le sous-lieutenant Jacques Chirac est rendu à la vie civile et retourne à l’ENA. Il en sort en 1959, choisit la Cour des comptes et repart brièvement à Alger en “renfort administratif” et avec “l’Algérie française” à coeur.

En 1962, âgé à peine de 30 ans, Jacques Chirac est promu chargé de mission au cabinet du Premier ministre Georges Pompidou. Jacques Chirac est vite remarqué comme brillant collaborateur zélé et corvéable à l’envi. De 1963 à 1965, il est conseiller référendaire à la Cour des comptes, et accumule à partir de 1965 les mandats électifs dans le département de la Corrèze: conseiller municipal de Sainte-Féréole (jusqu’en 1977), conseiller général de Meymac, président du conseil général de Corrèze (1970-1979). En 1967, Jacques Chirac fait partie des jeunes loups que Pompidou lance à l’assaut des terres électorales alors détenues par la gauche. En mars 1967, Jacques Chirac est élu député de la Corrèze et y sera réélu sans discontinuer jusqu’en 1993.

En 1967, à 35 ans, Jacques Chirac est nommé secrétaire d’État aux Affaires sociales. Les évènements de Mai 1968 lui mettent le pied à l’étrier: Jacques Chirac devient le bras droit de Georges Pompidou qui est élu Président de la République en 1969, et entame une ascension ministérielle foudroyante. De 1968 à 1971, Jacques Chirac est secrétaire d’État au Budget. De 1971 à 1972, il est ministre délégué chargé des relations avec le Parlement. De 1972 à 1974, il est ministre de l’Agriculture et du Développement rural. En 1974, consécration ultime, Jacques Chirac est nommé ministre de l’Intérieur.

Le 2 avril 1974, Jacques Chirac est brisé par le chagrin: Georges Pompidou est mort. L’ascension de Jacques Chirac accuse le coup. Contre le charismatique Jacques Chaban-Delmas, Premier ministre de 1969 à 1972, il rallie Valéry Giscard d’Estaing, dont il devient le Premier ministre en 1974. Deux ans plus tard, Jacques Chirac jette l’eponge et démissionne avec fracas pour fonder le Rassemblement Pour la République (RPR). Il défie Giscard en ravissant en 1977 la mairie de Paris dont il restera le maire (le premier maire de Paris depuis Jules Ferry) jusqu’en 1995.

En 1981, Jacques Chirac se présente à l’élection présidentielle contre Valéry Giscard d’Estaing qu’il rallie “à titre personnel” et du bout des lèvres, au second tour contre François Mitterrand. De 1986 à 1988, Jacques Chirac est Premier ministre de la première Cohabitation de la Vème République. En 1988, il est à nouveau candidat à l’Élysée contre Mitterrand. Battu au second tour, Jacques Chirac ne décourage pas et est pour la troisième fois candidat à la magistrature suprême en 1995. Ponctuée par une guerre fratricide avec Édouard Balladur, alors Premier ministre, et Nicolas Sarkozy, la campagne place finalement Jacques Chirac au second tour face à Lionel Jospin, qu’il bat et entre enfin à l’Élysée.

C’est le triomphe, l’apothéose d’une vie dévouée à la politique, qui a additionné tour à tour les échecs, les succès, les épreuves. Son premier mandat sera cependant marqué par une cohabitation douloureuse de cinq ans avec Lionel Jospin, qui est devenu Premier ministre en 1997 après avoir conduit la gauche à la victoire aux élections législatives suite à la dissolution de l’Assemblée nationale.

Au printemps 2002, Jacques Chirac se représente à sa propre succession. Son principal rival est Lionel Jospin, que tous les sondages donnent favori. Le 21 avril 2002, au soir du premier tour, c’est un véritable tremblement de terre politique: Lionel Jospin arrivé troisième est éliminé. Le second tour se jouera entre Jacques Chirac et un adversaire qu’il a toujours combattu: Jean-Marie Le Pen, le candidat de l’extrême droite. La France républicaine se mobilise comme un seul homme derrière Jacques Chirac. C’est dans ces circonstances extraordinaires que Jacques Chirac est réélu avec un score hors du commun de 82,21 % le 17 mai 2002.

Parcours d’exception d’un homme d’exception.

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