Le savoir en appel: Martin Heidegger et le tournant dans la vérité


Un essai de Franz-Emmanuel Schürch

Ce livre propose, à partir du constat de difficultés importantes et de paradoxes dans la conception heideggérienne de la vérité comme décèlement (aletheia), une nouvelle interprétation du fameux «tournant» qui sera compris comme la nécessité d’une structure d’inversion réciproque des rapports fondatifs.

Contre tous les replis subjectifs ou les fixations sur des subsistances illusoires, cette structure « tournante » (à la racine du cercle herméneutique) montre comment aucune vérité ne s’établit sans sortie hors de soi, sans être provoquée par ce qui la met en question et qu’ainsi, contrairement à ce que croyait Emmanuel Lévinas, la pensée de Martin Heidegger ne consacre.

Cet ouvrage, bien qu’il témoignera d’une attention scolaire, ne veut pas être un commentaire destiné aux seuls spécialistes, mais constitue l’effort, à partir d’une certaine autonomie philosophique, de présenter la pensée heideggérienne à ceux qu’elle devrait intéresser, de l’arracher aux préjugés dans lesquels elle est souvent emprisonnée et d’en défendre le meilleur.

“INTRODUCTION

Martin Heidegger se signala au monde philosophique en 1927 en rappelant la question de l’être à son attention. Il soutint d’un même geste que l’entente de la vérité s’était figée, par superposition d’égarements, jusqu’à se boucher toute issue. Notre compréhension même de ce que signifie « vérité » en serait venue à nous bloquer la vue. C’est plus précisément la conception traditionnelle qui faisait de la vérité l’accord d’une proposition ou d’un jugement avec la chose visée, l’adaequatio intellectus et rei, qu’il conviendrait d’abord d’interroger afin de découvrir la clé de ces égarements. Cette conception, en étendant son règne, et à cause de la définition même des termes et des modalités de l’accord qu’elle revendique pour la vérité, aurait sapé ses propres fondements, jusqu’à en arriver à s’anéantir elle-même sans s’en apercevoir, laissant ainsi, quant à nos possibilités d’un véritable rapport à ce qui est, le sol glisser sous nos pieds.

La conception heideggérienne de la vérité s’exposant d’abord – nous le verrons toutefois, de façon ambiguë – telle une critique de la vérité-adéquation donna cependant un nouvel élan à la critique générale de la raison inaugurée dans sa radicalité par Nietzsche, mais nourrie néanmoins par Kant et même par le scepticisme empiriste de Hume. En effet, on peut dire aujourd’hui que si le siècle de Kant était celui de la critique, alors celui qui s’est tout juste achevé, le vingtième, fut celui de l’hypercritique. Néanmoins, la critique prit alors un étrange tournant, passant d’une révolte guidée par l’exigence de lucidité à un comportement normalisé laissant s’abîmer jusqu’à la passion du savoir, et consacrant ainsi d’une certaine façon le règne de l’aveuglement dans l’auto-assurance de sa virtuosité intellectuelle, ce à quoi toute ironie, lorsqu’elle ne se soumet qu’à ses propres impératifs, sera toujours condamnée. Du passage à la maturité, la critique a sombré dans l’immaturité de la fuite.

Il n’est pas sûr, toutefois, que Heidegger puisse se voir sans injustice mis au rang des complices de ce que nous appellerons bientôt le renoncement au savoir. Peut-être Heidegger peut-il nous apprendre tout autre chose et peut-être que cela n’a pourtant rien à voir non plus avec un retour timoré à la solidité simple d’avant l’ébranlement critique.”

Franz-Emmanuel Schürch, PhD en philosophie de l’Université de Montréal, enseigne actuellement la philosophie au Collège André Laurendeau.

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